Vendredi 19 novembre 2010 5 19 /11 /Nov /2010 11:26

 

 

Dans son one-man show de mardi dernier, le président de la République, obnubilé par  la volonté de paraître modeste afin de corriger son image d'autosatisfaction, a finalement plus parlé de lui que de la France.

 

De sorte que les auditeurs qui espéraient, au lendemain du remaniement ministériel, des précisions sur les projets de Nicolas Sarkozy pour le redressement du pays auront sans doute été déçus. C'est de lui que le chef de l'Etat a discouru, de ses rapports avec les uns, les autres, de son rôle dans tel ou tel événement (sur la libération d'Aung San Suu Kyi, il se moque de nous!), mais, sur le fond, il reste très éloigné des préoccupations de la population, au premier rang desquelles figure le chômage.

 

Le chômage a atteint cette année le niveau record de 10% de la population active, ce qui représente près de 4 millions de demandeurs d'emploi. Ce n'est pas un problème pour le président, qui assure: « Le chômage reculera l'année prochaine, l'économie repart ». Etrange affirmation au moment où l'OCDE prévoit pour 2011 un taux de chômage de 9,5%, et de 9,3% pour 2012. Insupportable assurance alors que de mi-2008 à la fin 2009 le chômage des jeunes a augmenté deux fois plus rapidement que celui des autres actifs, que fin 2009 le taux de chômage des moins de 30 ans a atteint 17,3%, un taux jamais vu depuis 1975, et qu'en France les 55-64 ans ne sont que 39% à avoir un emploi, alors que vient d'être votée la réforme qui repousse l'âge de départ en retraite.

 

De quoi se demander sur quoi se fonde l'optimisme du chef de l'Etat. Certes, au cours du troisième trimestre 2010, un léger redémarrage des créations d'emploi, essentiellement dans le secteur des services, a été observé, explicable par un effet de rattrapage consécutif aux destructions massives d'emploi pendant la crise. Pour le reste,  les chiffres restent accablants. Plus d'un demi-million d'emplois salariés ont été détruits de mi-2008 à fin 2009, année qui a connu la plus forte hémorragie d'emplois en 50 ans. Les pertes d'effectifs se poursuivent dans l'industrie, dans la construction, au point que jamais en France le niveau de l'emploi industriel n'a été aussi faible. Cette dégradation dure depuis plusieurs années, elle n'est donc pas imputable à la crise, qui bien sûr l'a amplifiée.

 

Dans ces conditions, face à l'angoisse légitime des Français, on aurait pu attendre du président de la République qu'il s'engage dans un combat contre cette désindustrialisation qui appelle des réponses structurelles. Or, Nicolas Sarkozy n'a traité la question de l'emploi que brièvement, et de manière parcellaire. Il s'est en effet contenté d'évoquer la généralisation du contrat de transition professionnelle, qui permet aux licenciés économiques de conserver 80% de leur salaire pendant un an s'ils suivent une formation, et le doublement des formations en alternance.

 

« Mesures riquiqui », a fort justement réagi un leader syndical. Ces réponses sont inadmissibles de la part d'un président de la République. L'extension du CTP laisserait de côté 80% de chômeurs, et coûterait 5 milliards d'euros alors que le déficit de l'assurance chômage dépasse déjà 10 milliards d'euros. De même, le doublement des formations en alternance n'est pas crédible dans la mesure où aujourd'hui les objectifs prévus ne sont pas remplis faute de places suffisantes dans les entreprises.

 

Qu'il la joue modeste ou fanfaron, Nicolas Sarkozy en change pas. Il n'a aucune vision prospective pour le pays qu'il dirige, bien mal il est vrai.

 


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