Partager l'article ! Ministres à temps partiel: Entre 1997 et 2002, Lionel Jospin avait interdit aux membres de son gouvernement d'occuper des fonctions exécutives ...
Entre 1997 et 2002, Lionel Jospin avait interdit aux membres de son gouvernement d'occuper des fonctions exécutives locales. C'était une vraie rupture avec le passé. Elle était bienvenue. Elle n'a pas été maintenue. Dès son retour au pouvoir en 2002, et plus encore depuis 2007, la droite a repris ses bonnes vieilles habitudes. Sans doute, l'hyperprésidence a-t'elle joué un rôle dans la réhabilitation de la pratique du cumul pour les ministres: dans la mesure où le président de la République se vante de tout faire lui-même, les membres du gouvernement, y compris le Premier ministre, ont des loisirs pour leurs mandats locaux. Deux ministres ont disparu de la circulation non pas à la faveur du dernier remaniement, mais à cause des cantonales des 20 et 27 mars prochains. Le ministre de la ville, qui espère préserver la présidence de son conseil général du Loir et Cher, et le ministre de la justice, que le malaise profond de la magistrature ne détourne pas de sa campagne électorale pour rester à la tête du département du Rhône, sont aux abonnés absents. Même Alain Juppé, dont les compétences à diriger le quai d'Orsay ne sont nullement en cause, aura des éclipses. Passons sur sa promesse d'avril 2009, lorsqu'il s'était « engagé, vis-à-vis des Bordelais, à exercer pleinement la fonction de maire », car « il y a incompatibilité entre cette fonction et un poste ministériel », écrivait-il. Ministre de la défense depuis quatre mois, il s'est accommodé discrètement de ses propres contradictions. La tâche sera plus complexe désormais. Dès l'annonce de sa nomination comme ministre des affaires étrangères dimanche, son cabinet a fait savoir qu'il ne gagnerait Paris que lundi soir à cause d'un conseil municipal à présider. Les affaires bordelaises sont sans doute plus urgentes que les dossiers libyen, tunisien, ivoirien, et que les orientations stratégiques qu'il entend mettre en oeuvre. Le risque est que la diplomatie française, après avoir subi le discrédit, doive maintenant supporter l'intermittence. Il ne s'agit naturellement pas de personnaliser, mais simplement de s'interroger sur une pratique qui affaiblit la France. Aucune règle n'interdit à un ministre d'exercer un mandat local, certes. Jusqu'à Noël dernier, aucune règle n'interdisait à un ministre de passer ses vacances aux frais d'une dictature. L'absence de règles ne légitime pas la légèreté des pratiques. Rien n'empêche les ministres de respecter certains principes, ni de considérer leur fonction comme un poste à plein temps.
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