Les chiffres se passent de commentaires. Le cap d'un milliard d'hommes victimes de malnutrition a été franchi. En 2006, ils étaient 850 millions. Un enfant meurt de faim toutes les six secondes.
La FAO (organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture) recense 642 millions de personnes sous-alimentées dans la région Asie-Pacifique, 265 millions en Afrique sub-saharienne, 53 millions dans la zone Amérique latine-Caraïbes, 42 millions au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et même 15 millions dans les pays développés.
Elle identifie 16 pays particulièrement touchés, dont la moitié en Afrique, dans lesquels près d'un tiers de la population totale souffre de faim chronique et de malnutrition. Certains sont en situation de crise, comme le Bangladesh, le Kenya, la Somalie, l'Ethiopie, l'Erythrée, l'Inde, le Guatemala.
Le problème s'est aggravé depuis le début des années 2000. De 1980 à 2006, la part de l'agriculture dans l'aide publique au développement est passée de 17% à 3,8%, et la part de ressources consacrée par la Banque mondiale à l'agriculture de 30% à 6%. L'Union européenne n'a consacré dans le 9ème Fonds européen de développement que 4,5% à l'agriculture des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Les gouvernements nationaux sont de plus en plus parcimonieux: sur les 6,7 milliards promis pour 2009 au Programme alimentaire mondial, seuls 2,9 milliards lui sont parvenus. La France est particulièrement avare: 20,7 millions de dollars à ce jour.
Et pourtant rien de tout cela n'est une fatalité. On sait ce qu'il faut faire. On sait que l'agriculture est au centre des crises: la hausse des prix des denrées alimentaires, la récession économique, le réchauffement climatique, ont des répercussions amplifiées sur les pays pauvres, et sur les plus démunis de leurs habitants. On sait que d'ici 2050, il y aura 9,1 milliards d'êtres humains sur Terre contre 6,8 milliards aujourd'hui, et que la production agricole devra augmenter de 70% au cours des 40 prochaines années. On sait qu'il faut encourager l'investissement dans l'agriculture des pays en développement, acheter les productions des agriculteurs à des prix rémunérateurs, promouvoir une agriculture intensive mais aussi écologique. Le directeur de la FAO estime qu'en plus des financements des budgets nationaux et du secteur privé, il faudrait 42 milliards par an d'aide au développement pour éradiquer la faim dans le monde d'ici 2025, somme qu'il compare aux 1 340 milliards de dollars dépensés annuellement pour l'armement.
Autre comparaison: au moment où les banques renouent avec des profits indécents, il s'avère que les rémunérations versées cette année par la seule Bank of America sont 6 fois plus élevées que le budget du Programme alimentaire mondial.

Parce que j’ai toujours considéré qu’en ma qualité d’élu je devais rester en contact permanent avec vous,
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Bernard ROMAN
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