Le vote à l'Assemblée nationale, la semaine dernière, du projet de loi de financement de la sécurité sociale, n'a pas dans l'opinion et la presse le retentissement qu'il mérite.
Que dire en effet d'un gouvernement qui fait le choix délibéré de laisser la sécurité sociale courir à sa perte?
Quel record de déficit faudra-t-il enregistrer pour que la droite réagisse? 30 milliards d'euros cette année, et autant tous les ans jusqu'en 2013, n'est-ce pas assez pour inciter le gouvernement à agir? Avec ce Déficit à Grande Vitesse, la sécu sera bientôt en faillite. D'ores et déjà, ses dépenses au quotidien sont couvertes par 65 milliards d'autorisations de besoins de financement.
Des solutions existent pourtant. Au cours du débat parlementaire, les socialistes en ont proposé un certain nombre: soumettre les retraites chapeau au droit commun, taxer les stock options, revenir sur les exonérations sur les heures supplémentaires car elles handicapent l'emploi, réexaminer les exonérations sur les bas salaires quand elle sont sans lien avec la compétitivité des entreprises.
Non à tout, a répondu le gouvernement. Pas question pour lui de toucher au bouclier fiscal, aux niches qui entravent le fonctionnement de notre protection sociale, aux 58 milliards d'euros d'exonérations diverses qui sont pour la plupart des cadeaux aux privilégiés. Même rejet des amendements socialistes sur le mode de rémunération des médecins, les dépassements d'honoraires, la lutte contre les déserts médicaux.
Sa solution : faire les poches des Français, au travers des franchises médicales, du relèvement du forfait hospitalier, des déremboursements de médicaments, de l'augmentation des tarifs des mutuelles.
Et surtout, pénaliser les patients. Tout un symbole: la majorité a décidé de limiter à 5 ans le remboursement à 100% des soins pour les affections de longue durée (ALD). Le jour même où la droite votait, seule, le projet de loi de financement de la sécurité sociale qui prévoit d'exclure les malades du cancer en rémission de ce régime des ALD, le président de la République convoquait les média pour présenter la deuxième phase du plan cancer.
C'est incompréhensible? Même pas. Simplement, M. Sarkozy et sa majorité assument ouvertement leur décision de brader la sécurité sociale au profit d'organismes privés. La crise a bon dos, elle a même les reins solides, puisqu'elle justifie, aux yeux de la droite, ces atteintes aux principes de notre solidarité nationale. La médecine à deux vitesses à de beaux jours devant elle.

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Bernard ROMAN
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