Jeudi 21 octobre 2010 4 21 /10 /Oct /2010 11:32

 

La mobilisation contre la réforme des retraites ne faiblit pas, quoi qu'en dise un gouvernement qui prédit contre toute évidence son essoufflement.

 

Au contraire, ce mouvement résiste sur la durée. Cette longévité s'explique sans doute par la libération de mécontentements qui n'ont pu ni s'exprimer ni être entendus depuis l'accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Loin de ses fanfaronnades de candidat, il est aujourd'hui responsable de ce qu'un éditorialiste qualifie de « politique économique sans doute la plus stupide de toutes les politiques économiques jamais menées ».

 

Sur les retraites, le gâchis est majeur. Le contexte était en effet favorable dans la mesure où, contrairement à 1995 ou 2003, les Français étaient pour la première fois convaincus de la nécessité d'une réforme. Sur la base sans doute de cette addiction aux sondages qui aujourd'hui fait dériver l'Elysée, le chef de l'Etat  a cru pouvoir imposer des mesures dont l'opinion a immédiatement perçu l'injustice, en refusant de surcroît à la fois une vraie négociation aux organisations syndicales et des concessions significatives aux parlementaires.

 

Ce mépris de la démocratie politique et sociale s'est avéré encore plus insupportable à partir du moment où les jeunes sont entrés dans la contestation. Le gouvernement a ainsi développé à l'intention des étudiants et des lycéens deux séries d'arguments humiliants et ridicules, les accusant en même temps d'être manipulés et de ne pas avoir compris le projet, les réduisant à cette caricature de jeunes portant leurs « casquettes à l'envers », brossée il y a quelques mois par une ministre sarkozyste. Aujourd'hui, lycéens et étudiants rappellent au gouvernement que l'on peut porter sa casquette à l'envers sur une tête à l'endroit. Car ils voient très précisément en quoi cette réforme les concerne, que ce soit dans leurs familles, où leurs parents  vivent au quotidien les incertitudes du monde du travail, ou pour eux-mêmes, tant ils craignent que cette réforme ne se traduise par une aggravation du chômage et de toutes les exclusions qui les frappent. Les jeunes aujourd'hui craignent moins leur avenir que leur non-avenir, cette précarité qui les balade de stages interminables en CDD sans cesse renouvelés, de premier CDI toujours reporté à des salaires dévalués, dans un contexte de chômage sans précédent. Depuis deux ans, le nombre de jeunes demandeurs d'emploi a augmenté de 30% et le nombre de ceux qui recherchent un travail depuis plus d'un an de 72%.  Les jeunes refusent d'être la variable d'ajustement du marché de l'emploi et la réforme des retraites devient un barrage supplémentaire dans cette course d'obstacles que constitue pour la plupart d'entre eux l'entrée dans la vie professionnelle et sociale.

 

La détermination des jeunes manifeste leur aspiration à la solidarité et à la responsabilité. Cette exigence de leur part est légitime. La droite la discrédite, la gauche la partage, et pour autant aucun camp politique ne doit imaginer une seconde « récupérer » leur combat. Leur mobilisation leur appartient, comme ils aimeraient que leur destin leur appartienne.

 


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