Lundi 29 octobre 2007 1 29 /10 /Oct /2007 15:42

Edouard Balladur remet aujourd'hui à Nicolas Sarkozy le rapport que ce dernier a commandé au « comité de réflexion sur la modernisation et le rééquilibrage de nos institutions » dont il a confié la présidence à l'ancien premier ministre. D'emblée, l'exercice était truqué, ou à tout le moins tronqué. Ce n'est pas un secret, le chef de l'Etat voulait que la Constitution lui donne deux droits nouveaux: celui de définir la politique de la nation, jusqu'ici déterminée par le gouvernement; et celui de s'exprimer devant les assemblées parlementaires. Edouard Balladur se trouvait donc à la tête d'un comité CQFD. Ce qu'il fallait démontrer: la nécessité pour le président de la République d'augmenter ses pouvoirs. La conclusion des travaux étant pré-établie, restait à bâtir le raisonnement pour la justifier. Voilà qui est fait, avec une réelle habileté: le comité Balladur assigne ainsi à ses 77 propositions l'objectif de rééquilibrer les institutions, en particulier en renforçant les pouvoirs du parlement. Il est en effet incontestable que la capacité d'initiative législative du parlement et ses pouvoirs de contrôle ont besoin d'être accrus et précisés. Les attributions du parlement ainsi élargies, il importe de clarifier ses relations avec l'exécutif. Le comité en vient alors à ce qui est sa raison d'être: présidentialiser le régime sans le dire. A partir de là, grâce à la réécriture des articles 5, 18 et 20 de la Constitution, voici le président de la République autorisé à empiéter sur les prérogatives du gouvernement et à transformer le premier ministre en ectoplasme. Edouard Balladur a rempli sa mission. Il rend acceptable l'extension des pouvoirs présidentiels en accroissant parallèlement ceux du parlement. A cet égard, certaines avancées du rapport sont intéressantes, notamment sur la limitation du 49-3 et les compétences des commissions. Même en matière de cumul des mandats, un pas est franchi avec la proposition d'interdire aux parlementaires l'exercice d'une fonction exécutive locale. C'est là où les ennuis commencent, la plupart des élus UMP refusant cette concession, comme ils sont vent debout contre l'élection à la proportionnelle d'un nombre minime de députés. Vingt à trente députés élus à la proportionnelle, c'est ridiculement insuffisant, mais pour le groupe UMP à l'Assemblée, c'est un casus belli. La polémique interne à la droite compromet-elle l'avenir de la réforme? Elle en a d'ores et déjà retardé l'examen, qui n'aura plus lieu avant les municipales. Sera-t-elle purement et simplement enterrée? Je ne le crois pas, car Sarkozy tient beaucoup à élargir ses pouvoirs. Ma crainte est ailleurs. Je me demande si la tactique de l'Elysée n'est pas de laisser le débat politique se développer autour de ces deux questions de la proportionnelle et du cumul, quitte à accepter dans quelques temps de rogner les propositions de Balladur sur ces questions. Et comme l'arbre qui cache la forêt, d'autres aspects essentiels resteront sous silence. J'en vois au moins deux, qui à mon sens rendent ce projet inacceptable en l'état. Si la réforme est votée, le président définira la politique de la nation mais n'en sera pas responsable devant une Assemblée nationale qu'il pourra cependant toujours dissoudre. Et alors que dans le bicamérisme français, l'une des questions essentielles est la représentativité du Sénat, rien de clair n'est proposé pour démocratiser cette deuxième chambre qui, lorsque la gauche est majoritaire, reste imperturbablement dirigée par la droite. Si la commission Balladur a voulu rééquilibrer les institutions, il est donc clair qu'elle ne va pas au bout de cette logique. Loin s'en faut.


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Commentaires

eh oui, cher bernard, nous sommes en train d'assister à un changement de république démocratique.
il nous faut veiller encore à ne pas le laisser faire, à contrer systématiquement ces propositions qui cherchent à augmenter son pouvoir dictatorial, encore et toujours.
Il est nécessaire que Ségolène reprenne force et vigueur à la tête de notre parti socialiste.
Eteignons les allumettes que des enfants inconscients brûlent. Il ne faudrait pas que, comme en d'autres temps, ils mettent le feu au "reichstadt".......
Commentaire n°1 posté par MINNE BERNARD le 29/10/2007 à 17h04

La V° République sort-elle défigurée des 77 propositions du comité Balladur qui la veut plus démocratique et davantage présidentialiste? Pour une réponse originale et des éléments de comparaison, vous pouvez consulter sur mon blog LA CONSTITUTION EN AFRIQUE

 




 



QUAND LE COMITE BALLADUR COPIE LES AFRICAINS…

 



http://la-constitution-en-afrique.over-blog.com/article-13440718.html

 




 



Je serai ravi de recevoir et de publier en ligne les commentaires que cette note vous inspire.

 




 



Au plaisir d’échanger avec vous sur http://la-constitution-en-afrique.over-blog.com/  

 




 



Stéphane Bolle

 



Maître de conférences HDR en droit public

 


Commentaire n°2 posté par Stéphane Bolle le 30/10/2007 à 17h42

bonjour Bernard,


extrait du monde d'aujourd'hui :


"la gauche qui a bruyamment protesté dans les
couloirs, mais s'est mise aux abonnés absents à l'heure de voter."


que penses tu de l'augmentation de salaire de Sarkosy ?


pourquoi la gauche était elle absente ?


n'y a t-il aucun rapport avec la tentative de présidentialisation ?


 


 

Commentaire n°3 posté par stephane DEBIC le 31/10/2007 à 08h22
La gauche n'était pas absente au moment du vote de cet amendement même si Jean Launay, notre porte-parole, a été trop soft à mon goût dans son expression.
Commentaire n°4 posté par Bernard ROMAN le 05/11/2007 à 10h30

Sur ce sujet, je vous invite à consulter et à participer à la construction du blog « Alter-Comité Balladur » visant à discuter des propositions institutionnelles : http://c6r.ifrance.com/

Commentaire n°5 posté par Jonathan le 07/11/2007 à 17h40

Bienvenue !


Parce que j’ai toujours considéré qu’en ma qualité d’élu je devais rester en contact permanent avec vous,
et parce que je sais combien il est important pour chaque citoyen de trouver un espace d’expression et de dialogue,
j’ai ouvert ce blog, d'une part, pour vous permettre de prendre connaissance de

mon activité politique, de mes engagements, voire, de mes coups de gueule, et d'autre part, pour vous offrir la possibilité d’échanger avec moi sur des sujets d’actualité.

 

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