Mercredi 27 mai 2009 3 27 /05 /Mai /2009 11:31

 

Alors que Michèle Alliot-Marie présente aujourd'hui en conseil des ministres son « projet de loi d'orientation et de programmation de la sécurité intérieure », je suis frappé par deux paradoxes.

 

Premier paradoxe en forme de supercherie: la ministre de l'Intérieur affirme que la délinquance diminue. Dans ce cas, pourquoi l'inflation législative se poursuit-elle? La vérité est que la violence continue de progresser, révélant l'échec d'une politique sécuritaire que le pouvoir s'obstine pourtant à amplifier.

 

Ma deuxième interrogation porte sur le contraste entre la surenchère d'annonces et les reculs opérés sur les projets gouvernementaux. Un exemple parmi d'autres: en dépit des discours fracassants de Nicolas Sarkozy, sa ministre de la justice a été contrainte à des replis significatifs sur sa réforme du code de justice pénale des mineurs.

 

L'important pour la majorité reste d'entretenir un climat qui justifie sa fuite en avant vers toujours plus de répression. Chaque fait divers donne lieu à une sorte de concours Lépine au sein du gouvernement, de Christian Estrosi avec sa proposition de loi « anti-bandes » à Xavier Darcos avec ses portiques dans les écoles et ses fouilles des cartables.

 

Ces initiatives relèvent plus de la gesticulation que de l'efficacité, mais là n'est pas l'essentiel. Le problème est l'abandon de toute politique de prévention de la délinquance. La sanction de tout délit est naturellement indispensable, mais s'il n'y a pas eu prévention, la Justice remplit incomplètement sa mission.

 

De surcroît, cette logique répressive devient incontrôlable. Comment comprendre l'interpellation à Floirac de deux enfants de 6 et 10 ans? Comment ignorer les conclusions de la Commission nationale de déontologie de la sécurité, qui déplore les « violences illégitimes » subies par des jeunes interpellés, « le plus souvent pour des faits de faible gravité »? Exemples à l'appui, la CNDS dénonce sévèrement la façon dont les forces de sécurité traitent les mineurs, citant des gardes à vue et des fouilles injustifiées, ainsi qu'« un recours excessif à la coercition ». Ces dérives sont graves, mais très peu médiatisées.

 

Enfin, il se dégage de ce tableau l'impression d'une stigmatisation des jeunes. Loin de moi l'idée de justifier la violence dont certains d'entre eux font preuve. Mais la société ne doit pas s'exonérer de sa responsabilité dans ce problème. Le désengagement de l'Etat en matière d'éducation et de prévention rend encore plus excessif son acharnement répressif.


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