Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /Mai /2009 14:33

Depuis 1962, la Birmanie est dirigée par une junte militaire. En 1990, des élections pluralistes avaient donné une écrasante victoire à la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi, résultat que le régime avait refusé de reconnaître. L'année suivante, la fille du héros et père fondateur de l'indépendance de la Birmanie se voyait attribuer le prix Nobel de la Paix. Elle a été privée de liberté pendant plus de 13 des 19 dernières années.

 

L'intrusion d'un Américain dans la maison d'Aung San Suu Kyi, il y a quelques jours, fournit à la dictature de Rangoon le prétexte dont elle avait besoin. En effet, la période d'assignation à résidence de l'opposante expirait théoriquement le 27 mai, et la loi birmane n'autorise qu'une détention maximale de 5 ans avant qu'une personne puisse être jugée. La junte cherchait donc une accusation suffisamment plausible: elle a décrété que Aung San Suu Kyi, qui naturellement n'a aucune responsabilité dans l'initiative de son visiteur, avait enfreint les règles de sa résidence surveillée, et l'a arrêtée puis inculpée, avec ses deux employées de maison. Elles sont passibles de 3 à 5 ans de prison.

 

Cet incident arrive à point nommé pour une deuxième raison. Des élections sont prévues en 2010, auxquelles le LND pourra participer puisqu'il reste un parti politique légal. Dans ces conditions, il est essentiel pour les militaires au pouvoir de mettre la dirigeante du LND hors jeu. Ce procès indigne pourrait y pourvoir.

 

La communauté internationale a protesté vigoureusement. L'Union européenne, qui vient de prolonger les sanctions qu'elle avait renforcées en novembre 2007 après la répression des manifestations de moines bouddhistes, se réunit aujourd'hui pour amplifier éventuellement ses mesures d'embargo. Cependant, les sanctions prises depuis des années contre la Birmanie ont peu d'effet, car la dictature militaire limite ses relations commerciales aux pays de l'Asie du sud-est et reste bien sûr fermée au reste du monde.

 

L'ONU exige la libération immédiate et sans condition de Aung San Suu Kyi. Le comité Nobel a saisi l'ambassadeur de Birmanie dans les pays scandinaves. Les dirigeants des pays occidentaux multiplient les condamnations. Mais ce matin, les ambassadeurs européens qui ont tenté d'assister à l'audience ont été refoulés. Il est clair que l'unanimité de la communauté internationale n'a d'égale que son impuissance.


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