Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 14:01

Quel est le projet pour la France de François Fillon ? Vingt-et un mois après son entrée à Matignon, aucun observateur, même pourvu d'un microscope, ne saurait le dire. Le Premier ministre semble faire de son inexistence une raison d'être. Son expression publique, en particulier lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, ne lève pas le voile sur ses idées.

 

Deux exemples récents.

 

Hier sur Europe 1 puis dans l'hémicycle, il a affirmé que la crise est si grave que ce n'est pas un plan de relance qui y changera quelque chose! Avant d'appeler l'opposition à « la responsabilité », c'est à dire au silence, revenant sur cette invitation à « l'union nationale » qu'il avait évoquée voici quelques mois.


Il n'est pas illogique de souhaiter qu'un peuple se rassemble face à une situation exceptionnelle. Encore faut-il que ce voeu s'accompagne d'une volonté de dialogue et de concertation. Cette attitude n'a jamais été celle de la majorité actuelle depuis les élections de 2007. Les syndicats, les partis de gauche, sont immanquablement traités avec mépris et leurs propositions rejetées.

 

Deuxième exemple. Lundi soir, lors du dîner du CRIF, le Premier ministre a demandé aux Français d'être « animés d'un véritable esprit de civisme » : « Le civisme, a-t-il dit, c'est le courage de donner à son pays autant que l'on reçoit de lui ».

 

A qui s'adresse cette leçon de vertu? Aux évadés fiscaux? Aux bénéficiaires des parachutes dorés? Aux contribuables favorisés par le paquet fiscal?

 

Pas du tout. L'explication a suivi: « Le civisme, c'est avoir la capacité à ne pas aiguiser inutilement nos légitimes différences politiques ou intellectuelles. C'est, en somme, l'aptitude à se rassembler autour des enjeux essentiels ».

 

Fillon a peut-être cherché l'inspiration du côté de John Kennedy... Mais son souffle est plus court. Une fois de plus, il révèle sa vision de la France. La France selon M. Fillon, c'est l'opposition zéro. Par conséquent, on imagine que s'inquiéter de l'aggravation du chômage ou de la diminution du pouvoir d'achat, ou même s'interroger sur la cohérence de l'action gouvernementale en ces temps difficiles, relève de l'incivisme.

 

On aimerait que le chef du gouvernement ait pour son pays une ambition plus élevée et un courage plus affirmé. Qu'attendre en effet d'un homme qui a, enfin, livré hier le vrai sens de son (in)action: « Un bon gouvernement, c'est un gouvernement qui dure longtemps ». L'inexistence comme raison d'être, ou comme raison de durer ?


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