Mercredi 3 décembre 2008 3 03 /12 /Déc /2008 11:16


La loi, qui est faite pour défendre les libertés, est de plus en plus souvent bafouée par ceux qui devraient en être les garants, sans que ces pratiques aient au demeurant la moindre incidence positive pour la sécurité des citoyens. Les conditions de l'interpellation de l'ancien directeur de la publication de Libération suscitent une indignation que madame Dati a tort de réduire à une " polémique ". Vittorio de Filippis est poursuivi pour diffamation en raison de propos tenus sur le site du journal par un internaute. Cela ne justifie pas la manière dont se sont déroulées son interpellation matinale, à son domicile, devant ses enfants, puis sa garde à vue, sans présence d'un avocat. Nicolas Sarkozy lui-même admet son " émoi ", désavouant en cela sa ministre de l'Intérieur et sa ministre de la Justice, qui toutes deux assurent que les procédures ont été respectées.

 

Quoi qu'il en soit, c'est bien le chef de l'Etat qui est responsable de la surenchère de lois répressives, annoncées au fil des faits divers, et génératrices de méthodes inacceptables. Cette obsession sécuritaire conduit en effet à de véritables dérives. Quelques rappels.

 

La traque aux sans papiers et la politique du chiffre de M. Hortefeux ont entraîné des drames inutiles et révoltants.

 

La politique pénale de Mme Dati a aggravé la surpopulation carcérale et dégradé les conditions de vie des détenus, dont le taux de suicide a explosé. Le nombre de gardes à vue est passé de 336 000 en 2001 à 560 000 en 2007, alors que la délinquance est supposée avoir baissé.

 

A la suite des sabotages de caténaires le mois dernier, neuf personnes ont été spectaculairement arrêtées,à la grande satisfaction de Mme Alliot-Marie, puis gardées à vue selon la procédure prévue pour les terroristes. L'incrimination de terrorisme étant à tout le moins abusive, trois des cinq personnes placées en détention provisoire depuis le 15 novembre ont été remises en liberté hier sur décision de la Cour d'Appel de Paris.

 

Le 19 novembre dernier dans un collège du Gers, deux gendarmes accompagnés de chiens renifleurs ont fait intrusion dans une classe de 3ème au prétexte d'une opération de prévention de la drogue. Certains élèves ont subi des fouilles au corps qui les ont choqués.

 

Une association dont le délit est de se battre aux côtés des mal logés a été condamnée à une amende de 12 000 euros à la suite d'une action en justice de la préfecture de police de Paris, sans émouvoir Mme Boutin qui évoque " l 'ordre public ".

 

Et ce n'est pas fini: les derniers projets du gouvernement ont de quoi inquiéter. La réforme en préparation du droit pénal des mineurs envisage l'abaissement à 12 ans de la possibilité d'incarcération en matière criminelle. Un député très proche de Nicolas Sarkozy évoque à nouveau une idée que ce dernier avait tenté de mettre en place lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, la détection des futurs délinquants chez des petits de 3 ans.

 

On croit rêver, mais non, c'est vrai. A propos, comment s'appelle un cauchemar lorsque ce n'est pas un rêve?


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