Lundi 14 janvier 2008
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Le parti socialiste ne s'est jamais remis de ses déchirements lors du référendum sur le projet de Constitution européenne. Je trouverais insupportable d'avoir à revivre ces moments. Le « plan B » qu'ont fait miroiter en 2005 les défenseurs du « non », alors que les militants avaient choisi le « oui », n'existait pas. A l'époque les partisans de la Constitution, dont je faisais partie, ont dénoncé vainement cette supercherie. De ce fait, le seul « plan B », aujourd'hui, c'est le traité signé à Lisbonne le 13 décembre 2007, qui pourra entrer en vigueur le 1er janvier 2009 s'il a été ratifié par les 27 Etats membres de l'Union européenne. En France, cette ratification impose une révision préalable de la Constitution, dont les députés débattront demain avant la convocation du Congrès à Versailles le 4 février prochain. Les parlementaires seront ensuite saisis du traité proprement dit, dont le président de la République veut la ratification par voie parlementaire. Le PS, c'est vrai, aurait préféré un référendum. Ségolène Royal s'était engagée sur ce point durant la campagne présidentielle. Mais il n'échappe à personne qu'aujourd'hui la décision ne nous appartient pas. Cependant, parce que nous restons favorables à un référendum, le premier secrétaire et le président du groupe socialiste ont proposé aux députés la non-participation au Congrès de Versailles, sachant que sur le traité lui-même, le Bureau national s'est prononcé majoritairement pour son adoption, et que les parlementaires socialistes disposeront le moment venu de leur liberté de vote. La stratégie proposée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault permet de concilier notre désapprobation de la procédure de ratification imposée par l'exécutif et notre soutien au traité de Lisbonne. Certains au sein du PS contestent cette perspective. Peut-être existe-t-il d'autres alternatives, la réflexion n'est pas close. Quoi qu'il en soit, il faut savoir ce que nous voulons et plus encore qui nous sommes. L'engagement en faveur de la construction européenne est au coeur du socialisme. Au regard de ce critère structurant, notre logique doit être dominée par la clairvoyance et la fidélité. Nous ne devons penser qu'à la cohérence de notre parti, en vue des combats proches ou plus lointains qu'il a à conduire. Nous devons aussi privilégier l'avenir de l'Europe, pour nos 26 partenaires, pour ce futur commun. Certains enjeux dépassent les intérêts immédiats: ils font la noblesse de la politique.
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Mercredi 9 janvier 2008
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La Salle des Fêtes de l'Elysée ressemble à un décor de théâtre. La pièce qui s'y joue depuis le début de l'année porte le titre de « Politique de civilisation ». Le concept est emprunté à Edgar Morin. Ce philosophe estime qu'en dépit de ses nombreux bienfaits, la civilisation européenne conduit à l'affaiblissement des solidarités, à la dégradation de la responsabilité, et à la détérioration de la planète. Pour y remédier, il invite à privilégier le qualitatif sur le quantitatif. Dans cet esprit, il conteste particulièrement deux orientations actuelles de la France: l'alignement international sur Bush et l'inhumanité de la politique d'immigration. Il a bien raison sur les deux aspects. Et pour ce qui concerne spécifiquement l'immigration, la logique du pouvoir n'a en effet rien de qualitatif. L'immigration est une question qui pour Sarkozy se réduit à deux chiffres: les quotas et les expulsions. Le président l'a confirmé hier. Contre toute évidence, et en contradiction avec la Constitution, il affirme que les quotas sont « la seule solution ». Loin de toute humanité, et au mépris des droits de l'homme, son ministre Hortefeux poursuit ses objectifs de 25 000 expulsions par an. Malgré la pression que le ministre de l'immigration et de l'identité nationale exerce sur les préfets et les forces de police, il n'a d'ailleurs pas totalement atteint ce nombre. L'élève Hortefeux aura donc une mauvaise note, puisque désormais les ministres seront évalués comme des écoliers. Bien fait pour lui, et tant mieux pour nous! Mais plus sérieusement, reste cette question: la peur dans laquelle vivent les immigrés, la précarité dont ils souffrent, les séparations familiales qu'ils subissent, l'insulte quotidienne aux valeurs de la République par les autorités de l'Etat, c'est cela, la politique de civilisation? J'y vois plutôt une politique de barbarie.
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Lundi 7 janvier 2008
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Diriger un pays, c'est une course de fond, pas un sprint désordonné. L'essoufflement de Nicolas Sarkozy était prévisible. Il est confirmé par un sondage qui voit le pourcentage de personnes satisfaites passer sous la barre des 50% pour la première fois. A ce stade, le président de la République me semble victime de sa propre méthode. A tout promettre, il déçoit. Trop sûr de lui, il se trompe. Facilement démagogique, il se contredit. Candidat, il se référait abondamment à Jean Jaurès et Guy Mocquet. Elu, il s'égare dans des concepts inquiétants, comme la « laïcité positive », ou fumeux, comme la « politique de civilisation ». Durant sa campagne, il proclamait qu'il serait « le président du pouvoir d'achat ». Quelques mois plus tard, cette préoccupation est ignorée et le chef de l'Etat s'envole de jet privé en palace alors que les Français s'inquiètent de l'inflation, du coût de la vie, de la stagnation des salaires. Voici Nicolas Sarkozy rattrapé par la réalité, en dépit de sa tactique du rideau de fumée. Chaque fois qu'un problème surgit, il l'occulte en lançant une initiative sur un autre front. Cette technique peut fonctionner sur de brèves périodes: elle est de toute évidence inopérante à l'échelle d'un quinquennat. Et de fait, il est temps d'en finir avec la présidence fumigène. Le rôle du chef de l'Etat est de dessiner des perspectives, de définir des cohérences, de défendre des principes. Sur ces exigences-là, Sarkozy est étonnamment silencieux. Son message de voeux aux Français manquait singulièrement de substance. Que compte-t-il faire de la présidence de l'Union européenne au second semestre? Mystère. Envisage-t-il des initiatives ambitieuses en matière environnementale, alors que ce sont les prévisions les plus alarmistes des experts qui semblent se confirmer? Silence. Quelles mesures prévoit-il pour les banlieues, alors qu'elles sont le seul endroit de la planète où il ne met pas les pieds et que les premières indications sur le contenu du plan de Fadela Amara sont consternantes? Motus. Laissera-t-il Brice Hortefeux poursuivre sa délirante stratégie d'expulsions, alors que cette politique du chiffre, sans doute aggravée par la prochaine notation des ministres, est répugnante? Allez savoir. Demandera-t-il à ses ministres de réfléchir à des mesures pour relancer la croissance et l'emploi, dans une conjoncture internationale difficile qui appelle une vigilance extrême? No comment. On nous annonce une conférence de presse très importante demain. Espérons que Nicolas Sarkozy délaissera le futile pour l'essentiel en prenant, enfin, la mesure de sa charge.
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