La retraite cristallise les injustices subies par les femmes tout au long de leur parcours professionnel. Quelques données qui se passent de commentaires: la pension des femmes représente en moyenne 62% seulement de celle des hommes; elles liquident leurs droits en moyenne deux ans plus tard que les hommes, et en tout cas 30% d'entre elles (contre 5% des hommes) liquident leurs droits à 65 ans, faute de disposer du nombre de trimestres requis pour une pension à taux plein: car seulement 40% des femmes (contre 85% des hommes) parviennent aujourd'hui à faire valoir une retraite à taux plein. Le taux d'emploi des femmes de plus de 60 ans est cependant très bas: 4,3%. Les bénéficiaires du minimum vieillesse sont pour 57% des femmes.
Les raisons sont connues:des carrières morcelées, interrompues pour l'éducation des enfants, des périodes de chômage plus nombreuses, une fréquence supérieure d'emplois précaires et à temps partiel.
Face à ces saisissantes inégalités, le projet du gouvernement ne propose pas grand chose, si ce n'est la comptabilisation des indemnités journalières de congé maternité dans le salaire moyen annuel, ce qui est bien peu dans la mesure où les congés maternité ne représentent que quelques mois sur la totalité d'une vie professionnelle. En revanche, le recul à 62 ans de l'âge légal et à 67 ans de l'âge de départ à taux plein risque de générer des décotes pour une très grande majorité de salariées. La suppression du dispositif autorisant un départ anticipé pour les fonctionnaires attestant de 15 ans de services et ayant élevé trois enfants touchera aussi de plein fouet les femmes. Pour la première fois dans l'histoire de la régression sociale, on va rendre rétroactif un dispositif à la date de l'examen en conseil des ministres!
L'injustice faite aux femmes, une longue histoire! Les réformes de 1993 et 2003 ont déjà eu comme effet une baisse générale du niveau des pensions qui a d'abord frappé les femmes. Les inégalités que la réforme du gouvernement va aggraver sont le reflet des inégalités dans le travail. Les salaires des femmes sont en moyenne inférieurs de 25% à ceux des hommes. Elles sont 30% à travailler à temps partiel contre 5% des hommes.
Le système de retraites doit corriger autant que possible ces disparités. De nombreuses propositions existent. Au delà, nous devons aller beaucoup plus vite et bien plus loin dans le combat en faveur de l'égalité des droits dans le travail, afin de corriger à la racine ces anomalies qui s'accumulent dans le temps et constituent, au moment de la retraite, des handicaps importants pour les salariées.


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