Tribune de Bernard Roman
dans la Croix du Nord
19 septembre 2008
Le parti socialiste est aujourd'hui prisonnier d'une logique autodestructrice.
J'ai exercé des fonctions de responsabilité localement et nationalement au sein du PS. Je suis un élu. J'ai vu de près et vécu de l'intérieur tout ce qui fait battre le coeur d'une formation politique. Mais depuis quelques mois, et en particulier à La Rochelle, je ne me retrouve plus toujours dans les méthodes de ce parti.
Le socialisme ne va pas si mal...
Le PS administre aujourd'hui une majorité de collectivités locales et a remporté en mars dernier des succès significatifs. Il est au parlement le premier parti d'opposition. Il combat avec énergie et conviction les mesures du gouvernement lorsqu'elles sont inacceptables. Il vient d'adopter une nouvelle déclaration de principes qui réaffirme ses valeurs: la justice sociale, les libertés, l'égalité et la volonté de ne laisser personne au bord du chemin, l'engagement européen et internationaliste au service de la paix, la protection de l'environnement. Il est riche de ses compétences, de sa capacité idéologique, de ses militants. Nous savons bien cependant qu'il doit s'efforcer de s'ouvrir davantage à la société, aux jeunes, à la diversité, renouveler ses pratiques -je pense à la parité, au non-cumul des mandats-, préférer le contenu à la communication.
Pour autant, je réfute absolument les commentaires sur l'indifférenciation entre la droite et la gauche. Partout où la droite dirige, la pauvreté s'aggrave, les inégalités se creusent, l'indifférence s'installe. La gauche promeut au contraire le progrès, la confiance dans l'homme, l'acharnement à vouloir la justice. Le discours de Barack Obama lors de la convention démocrate ne dit que cela: pour cela il est magnifique et plein d'espoir. Ces valeurs sont celles de la gauche, partout, car elles sont universelles. C'est une responsabilité immense que de les défendre.
... mais le PS est en danger
Le parti socialiste avance vers son congrès de Reims dans une atmosphère étrange: tout le monde redoute une répétition tragique de Rennes mais personne ne semble capable de l'éviter. Est-il trop tard? Certains reprochent à François Hollande les synthèses qu'il a réalisées au cours de ses mandats, qui auraient retardé certains arbitrages. Devant le déchaînement que suscite sa succession, je me demande si sa volonté de rassemblement n'a pas protégé le parti socialiste.
Le mot " déchaînement " est violent, je l'emploie à dessein. Dans la mesure où les orientations politiques des principaux candidats au poste de premier secrétaire sont comparables, que leur désir de rénovation est identique, c'est donc que l'affrontement se situe ailleurs. Cet ailleurs qui fait que le nom du PS est en permanence associé aux expressions de " guerres de chefs " et autres " querelles d'ego ". Cet ailleurs qui fait qu'aujourd'hui le PS est en danger.
C'est bien le choc de quelques ambitions qui mine notre parti. L'ambition est légitime, elle est même nécessaire à l'action politique. Mais l'ambition et l'action ne trouvent leur sens que si elles se placent au service de l'intérêt général.
Pendant que le parti socialiste s'affaiblit dans des luttes internes, d'autres forces tentent d'occuper à sa place l'espace qui va de l'extrême-gauche au centre. Olivier Besancenot crée un nouveau parti, les Verts préparent leurs listes pour les européennes, François Bayrou tire le débat vers sa stratégie. Nous cédons du terrain, avec le risque de manquer le rendez-vous des européennes de 2009 et peut être même celui des régionales de 2010.
Nous laissons aussi sans réponse les défis de l'avenir. Le monde est instable, parsemé de conflits qui peuvent à tout moment s'embraser. La menace terroriste plane. Le sous-développement, la faim, les épidémies, les catastrophes naturelles, déciment des régions entières. La cote d'alerte est atteinte en matière de réchauffement climatique. Or, la social-démocratie est porteuse des valeurs et des actes politiques qui peuvent rendre le monde moins dangereux, plus solidaire, plus juste.
Nous serions donc collectivement coupables si nous ne nous rassemblions pas avant Reims. Dès le mois de juillet, j'ai signé la contribution de François Hollande parce qu'elle s'inscrit dans une démarche de rassemblement. Cet objectif d'élargissement semble être partagé par les amis de Bertrand Delanoë. Le mouvement doit se poursuivre. Les convergences d'idées justifient ce chemin commun. L'intérêt du parti socialiste l'exige.
On ne s'engage pas dans le socialisme par hasard, mais par choix, par conviction, pour améliorer la condition humaine et rendre le monde meilleur.
C'est un idéal? Oui. Une utopie? Et alors? Le socialisme est bien une aventure personnelle qui dépasse le destin de chacun au service de tous. C'est le moment de s'en souvenir. Sinon...
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