Mercredi 11 mars 2009 3 11 /03 /Mars /2009 12:23

Dans un contexte économique extrêmement préoccupant, il est difficile de comprendre pourquoi le gouvernement a décidé, dans la loi de finances de 2008, de supprimer à partir du 1er janvier 2009 l'allocation équivalent retraite (AER) que la gauche avait créée en 2001.

 

Les bénéficiaires de l'AER étaient les allocataires de l'assurance chômage en fin de droit, âgés de moins de 60 ans, qui avaient commencé à travailler très jeunes et pouvaient donc justifier de 160 trimestres validés. Ces personnes, qui ne pouvaient pas liquider leur pension de retraite à taux plein et n'avaient plus droit à l'assurance chômage, disposaient avec l'allocation équivalent retraite d'une somme de 982 euros par mois, ce qui leur permettait d'échapper à une insupportable précarité.

 

Depuis le mois de janvier, ils relèvent de l'Allocation spécifique de solidarité: 448 euros par mois, en tout et pour tout . Autant dire qu'ils passent de la survie à la misère.

 

Interrogé hier par le groupe socialiste, le secrétaire d'Etat chargé de l'emploi a eu une réponse que je juge indécente. Sa première réaction est un appel à « un peu de hauteur de vue sur un tel sujet ». Qu'y-a-t-il de mesquin à alerter le ministre d'une disposition intenable qui frappe 68 000 personnes -et leurs familles?

 

Le deuxième argument de Laurent Wauquiez, tout aussi cynique, est que la majorité « entend redonner leur place aux seniors de plus de 55 ans sur le marché de l'emploi ». Alors que le seul mois de janvier a produit 90 000 chômeurs de plus et que le taux d'emploi des salariés de plus de 50 ans dépasse à peine un tiers, est-ce bien réaliste de prétendre, comme le fait le secrétaire d'Etat (qui, au passage, ne craint pas de se répéter...) que la suppression de l'AER vise à « redonner enfin aux seniors une place dans notre politique de l'emploi »?

 

« Hauteur de vue », M. Wauquiez? Je dirais plutôt « courte vue ».


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Lundi 9 mars 2009 1 09 /03 /Mars /2009 10:50


Le texte présenté par la secrétaire d'Etat chargée de la famille Nadine Morano donne des droits « aux tiers qui ont résidé avec l'enfant et l'un de ses parents, et avec lesquels il a noué des liens affectifs étroits ». Sur autorisation des deux parents biologiques, un tiers pourra effectuer des actes « importants » de l'autorité parentale, en matière de santé et d'éducation notamment, par le biais d'une convention homologuée chez le juge.

 

Les droits de ces « tiers » sont déjà reconnus depuis la loi sur l'autorité parentale que Ségolène Royal, alors ministre de la famille, a fait voter en 2002, et qui ouvre, sur décision du juge, la possibilité d'exercice partagé de l'autorité parentale avec un tiers autorisé à accomplir les actes de la vie quotidienne. En 2006, la Cour de cassation a validé la reconnaissance des liens entre un enfant et le parent social, du même sexe que le parent biologique, qui l'élève.

 

Il est un fait que le projet de loi préparé par Nadine Morano consolide cette jurisprudence. Mais son texte a une portée limitée et n'ouvre aucun droit à l'adoption pour les couples homosexuels.

 

Personnellement, je le regrette, ayant avec d'autres députés socialistes souhaité que les couples homosexuels se voient ouvrir les droits au mariage et à l'adoption, au nom du respect de l'égalité des droits, conformément aux principes de notre République. Nous avons même déposé des propositions de loi en ce sens.

 

Pourtant, aux yeux de nombreuses personnalités de l'UMP, le projet de Nadine Morano est inacceptable. Ainsi, Christine Boutin est partie en croisade, au quart de tour, contre « une façon détournée » de reconnaître l'homoparentalité. Un certain nombre de parlementaires conservateurs lui ont déjà apporté leur soutien. Valérie Pécresse, au contraire, soutient la secrétaire d'Etat à la famille.

 

Quant aux plus hauts responsables de l'UMP, ils font le choix courageux de la tactique du parapluie! Parapluie grand ouvert pour Xavier Bertrand: le secrétaire général de l'UMP a précisé vendredi que « l'enjeu du projet de loi n'est pas de rentrer dans une logique de mariage ou d'adoption pour les homosexuels », en s'abritant derrière les « convictions » de sa « famille politique ». Parapluie fermé mais à portée de main pour Jean-François Copé, qui, lui, a « besoin d'un débat pour se faire son avis ».

 

Il n'est pas nécessaire d'ironiser sur cette pusillanimité de la part de ceux qui se targuent habituellement d'être les réformateurs face au conservatisme supposé du PS. Mais puisque le président du groupe UMP s'abrite derrière la nécessité d'une réflexion collective, qu'il sache que les députés socialistes, eux, sont prêts pour ce débat.


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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 14:01

Quel est le projet pour la France de François Fillon ? Vingt-et un mois après son entrée à Matignon, aucun observateur, même pourvu d'un microscope, ne saurait le dire. Le Premier ministre semble faire de son inexistence une raison d'être. Son expression publique, en particulier lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, ne lève pas le voile sur ses idées.

 

Deux exemples récents.

 

Hier sur Europe 1 puis dans l'hémicycle, il a affirmé que la crise est si grave que ce n'est pas un plan de relance qui y changera quelque chose! Avant d'appeler l'opposition à « la responsabilité », c'est à dire au silence, revenant sur cette invitation à « l'union nationale » qu'il avait évoquée voici quelques mois.


Il n'est pas illogique de souhaiter qu'un peuple se rassemble face à une situation exceptionnelle. Encore faut-il que ce voeu s'accompagne d'une volonté de dialogue et de concertation. Cette attitude n'a jamais été celle de la majorité actuelle depuis les élections de 2007. Les syndicats, les partis de gauche, sont immanquablement traités avec mépris et leurs propositions rejetées.

 

Deuxième exemple. Lundi soir, lors du dîner du CRIF, le Premier ministre a demandé aux Français d'être « animés d'un véritable esprit de civisme » : « Le civisme, a-t-il dit, c'est le courage de donner à son pays autant que l'on reçoit de lui ».

 

A qui s'adresse cette leçon de vertu? Aux évadés fiscaux? Aux bénéficiaires des parachutes dorés? Aux contribuables favorisés par le paquet fiscal?

 

Pas du tout. L'explication a suivi: « Le civisme, c'est avoir la capacité à ne pas aiguiser inutilement nos légitimes différences politiques ou intellectuelles. C'est, en somme, l'aptitude à se rassembler autour des enjeux essentiels ».

 

Fillon a peut-être cherché l'inspiration du côté de John Kennedy... Mais son souffle est plus court. Une fois de plus, il révèle sa vision de la France. La France selon M. Fillon, c'est l'opposition zéro. Par conséquent, on imagine que s'inquiéter de l'aggravation du chômage ou de la diminution du pouvoir d'achat, ou même s'interroger sur la cohérence de l'action gouvernementale en ces temps difficiles, relève de l'incivisme.

 

On aimerait que le chef du gouvernement ait pour son pays une ambition plus élevée et un courage plus affirmé. Qu'attendre en effet d'un homme qui a, enfin, livré hier le vrai sens de son (in)action: « Un bon gouvernement, c'est un gouvernement qui dure longtemps ». L'inexistence comme raison d'être, ou comme raison de durer ?


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