bernard-roman

Mercredi 7 novembre 2007 3 07 /11 /Nov /2007 14:04

L'homme le plus riche de France, considéré comme la 7ème personnalité la plus riche du monde, s'appelle Bernard Arnault. Sa fortune est évaluée à 23 milliards d'euros. Comme la plupart des grands patrons français, il est proche du président de la République. Il vient de s'offrir le quotidien économique Les Echos. Comme il possède déjà La Tribune, il doit s'en défaire, mais en choisira le repreneur. Ecoeurés, les salariés des Echos sont depuis deux jours en grève. Révoltés, ceux de La Tribune publient aujourd'hui une motion intitulée « la presse économique en danger ». Cocasserie, ou provocation, Bernard Arnault a officialisé son acquisition à l'occasion de la Journée européenne de la liberté de la presse. Car c'est bien cette liberté qui est en question. Pour les rédactions des deux quotidiens, l'indépendance éditoriale est clairement menacée. Les journalistes des Echos savent bien que leur liberté sera limitée par les contours de l'empire industriel qu'est LVMH. Ceux de La Tribune dénoncent l'insuffisance des garanties éditoriales et économiques apportées par les repreneurs éventuels du titre. Dans les deux cas, ils ont raison de s'inquiéter, à la fois sur le principe et sur les effets à terme de ces opérations douteuses, car un journal qui perd sa crédibilité est compromis dans son avenir. Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, le copinage, la complicité, la collusion, entre les milieux financiers, politiques, et le monde de la presse, s'aggravent très significativement. Journaux et médias sont de plus en plus inféodés, et bientôt ils seront asservis. Lorsque le parti socialiste a été auditionné par le comité Balladur, nous avons plaidé pour que la Constitution garantisse l'indépendance des médias. Plus particulièrement, nous demandons que les concentrations horizontales et verticales dans le domaine de la presse et des médias soient limitées et que l'indépendance des journalistes à l'égard des actionnaires soit strictement préservée. Car un pays dans lequel la presse n'est pas libre n'est pas une démocratie. La liberté de la presse est l'affaire de chaque citoyen.


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Lundi 5 novembre 2007 1 05 /11 /Nov /2007 16:49

Le mois d'octobre a été émaillé de conflits sociaux. Ils continueront en novembre. Dès cette semaine, les marins pêcheurs manifestent leur inquiétude. Ces mécontentements sont légitimes et ils ont un point commun : ils portent sur le pouvoir d’achat. Car l'envolée des prix devient insupportable. Or, ni le chef de l'Etat ni ses ministres ne mesurent l'ampleur du problème. Ils devront pourtant prendre en compte trois exigences. La première est la vérité. Le gouvernement se retranche derrière l'indice des prix de l'Insee, alors qu'il ne correspond plus à la véritable consommation des ménages. Il est urgent de le corriger, comme les socialistes l'avaient proposé durant la campagne pour les présidentielles, en intégrant le coût du logement, de l'énergie, des assurances, de toutes les charges contraintes. Preuve de l'incompréhension de nos dirigeants, la ministre de l'économie rejette toute baisse des taxes sur l'essence et invite les Français à délaisser la voiture pour se rendre au travail, comme si les jeunes mères ou pères de famille pouvaient déposer leurs enfants à la crèche ou à l'école en vélo ! Le deuxième principe qui s'impose est la justice. En dépit du slogan « travailler plus pour gagner plus », théoriquement mis en oeuvre grâce à la défiscalisation des heures supplémentaires, les salariés ne voient rien venir, car le système est pratiquement inapplicable. A ce jour, le seul Français dont le salaire ait augmenté de 140% s'appelle Nicolas Sarkozy. Celui-là même qui s'est fait élire en promettant de valoriser le travail. Pour l'instant, qu'avons-nous vu ? Quinze milliards d'euros de cadeaux fiscaux offerts cet été aux plus riches, soit un chèque de 100 000 euros pour les 2 500 contribuables dont les revenus ne proviennent pas de leur seul travail. Troisième urgence, l'action. Il est anormal que ni le premier ministre, ni la ministre de l'Economie, n'aient la moindre ébauche de solution aux problèmes de la période. L'essence augmente ? Alors, pourquoi ne pas rétablir la TIPP flottante, pourquoi ne pas rendre effectif le chèque transport, pourquoi ne pas alourdir l'impôt sur les sociétés des grands groupes pétroliers ? Les ménages modestes sont écrasés par leurs loyers ? Un moratoire sur le prix des loyers donnerait le temps de réfléchir à des mesures favorables aux locataires, au lieu de vouloir à marche forcée imposer « une France de propriétaires ». Mais surtout, plus que tout, des initiatives fortes en faveur de la création d'emplois et de la revalorisation des salaires les plus modestes sont aujourd'hui impérieuses. Sarkozy aime s'occuper de tout et jouer les Zorro ? Très bien ! Qu'il s'attaque à la question des prix et du pouvoir d'achat. Fillon se désespère de sa chute de popularité ? Eh bien qu'il fasse son travail de premier ministre !


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Lundi 29 octobre 2007 1 29 /10 /Oct /2007 15:42

Edouard Balladur remet aujourd'hui à Nicolas Sarkozy le rapport que ce dernier a commandé au « comité de réflexion sur la modernisation et le rééquilibrage de nos institutions » dont il a confié la présidence à l'ancien premier ministre. D'emblée, l'exercice était truqué, ou à tout le moins tronqué. Ce n'est pas un secret, le chef de l'Etat voulait que la Constitution lui donne deux droits nouveaux: celui de définir la politique de la nation, jusqu'ici déterminée par le gouvernement; et celui de s'exprimer devant les assemblées parlementaires. Edouard Balladur se trouvait donc à la tête d'un comité CQFD. Ce qu'il fallait démontrer: la nécessité pour le président de la République d'augmenter ses pouvoirs. La conclusion des travaux étant pré-établie, restait à bâtir le raisonnement pour la justifier. Voilà qui est fait, avec une réelle habileté: le comité Balladur assigne ainsi à ses 77 propositions l'objectif de rééquilibrer les institutions, en particulier en renforçant les pouvoirs du parlement. Il est en effet incontestable que la capacité d'initiative législative du parlement et ses pouvoirs de contrôle ont besoin d'être accrus et précisés. Les attributions du parlement ainsi élargies, il importe de clarifier ses relations avec l'exécutif. Le comité en vient alors à ce qui est sa raison d'être: présidentialiser le régime sans le dire. A partir de là, grâce à la réécriture des articles 5, 18 et 20 de la Constitution, voici le président de la République autorisé à empiéter sur les prérogatives du gouvernement et à transformer le premier ministre en ectoplasme. Edouard Balladur a rempli sa mission. Il rend acceptable l'extension des pouvoirs présidentiels en accroissant parallèlement ceux du parlement. A cet égard, certaines avancées du rapport sont intéressantes, notamment sur la limitation du 49-3 et les compétences des commissions. Même en matière de cumul des mandats, un pas est franchi avec la proposition d'interdire aux parlementaires l'exercice d'une fonction exécutive locale. C'est là où les ennuis commencent, la plupart des élus UMP refusant cette concession, comme ils sont vent debout contre l'élection à la proportionnelle d'un nombre minime de députés. Vingt à trente députés élus à la proportionnelle, c'est ridiculement insuffisant, mais pour le groupe UMP à l'Assemblée, c'est un casus belli. La polémique interne à la droite compromet-elle l'avenir de la réforme? Elle en a d'ores et déjà retardé l'examen, qui n'aura plus lieu avant les municipales. Sera-t-elle purement et simplement enterrée? Je ne le crois pas, car Sarkozy tient beaucoup à élargir ses pouvoirs. Ma crainte est ailleurs. Je me demande si la tactique de l'Elysée n'est pas de laisser le débat politique se développer autour de ces deux questions de la proportionnelle et du cumul, quitte à accepter dans quelques temps de rogner les propositions de Balladur sur ces questions. Et comme l'arbre qui cache la forêt, d'autres aspects essentiels resteront sous silence. J'en vois au moins deux, qui à mon sens rendent ce projet inacceptable en l'état. Si la réforme est votée, le président définira la politique de la nation mais n'en sera pas responsable devant une Assemblée nationale qu'il pourra cependant toujours dissoudre. Et alors que dans le bicamérisme français, l'une des questions essentielles est la représentativité du Sénat, rien de clair n'est proposé pour démocratiser cette deuxième chambre qui, lorsque la gauche est majoritaire, reste imperturbablement dirigée par la droite. Si la commission Balladur a voulu rééquilibrer les institutions, il est donc clair qu'elle ne va pas au bout de cette logique. Loin s'en faut.


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