En 2004 le PDG de TF1 Patrick Le Lay avait choqué la France entière en déclarant : « Pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du télespectateur soit disponible. Rien n'est plus difficile que d'obtenir cette disponibilité, il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances ». Le « lipdub » de l'UMP s'inscrit totalement dans cette logique de mépris des gens et d'insulte à leur intelligence. Le sarkozysme pousse d'ailleurs à l'excès cette dérive qui transforme la politique en produit de consommation. Or, la communication ne remplace pas l'action, et la première erreur de la majorité est de prétendre substituer l'image au sens.
La deuxième erreur est le mariage raté entre l'humour et la politique. L'humour n'est pas interdit, au contraire, mais encore doit-il être fin et surtout faire rire. Ces deux objectifs sont ratés. Même au sein de l'UMP, personne ne trouve cela drôle. Jean-François Copé a commenté le clip avec agacement: « Ah non, il ne m'a pas fait rire », et Luc Ferry a regretté une initiative « dégoulinante de bêtise » avec laquelle « le showbiz le plus bête, le plus médiocre, s'introduit dans la politique ». L'UMP plaide, mais trop tard, le « second degré », explication qui ne convaincra personne dans la mesure où le lipdub est présenté sur son site avec ce commentaire fanfaron: « Nous avons un train d'avance ».
La troisième erreur est la plus grave, elle réside dans le décalage entre cette décontraction feinte des ministres et la réalité de leur bilan. Christine Lagarde se dandine et la production industrielle continue de plonger, confirmant la désindustrialisation accélérée de notre pays faute d'une stratégie de développement industriel. Eric Woerth se tortille et les déficits de la France mettent en danger les perspectives de reprise économique. Xavier Darcos se trémousse et le chômage frappe plusieurs millions de personnes tandis que les destructions d'emplois s'amplifient. Eric Besson frétille, mais son débat sur l'identité nationale libère les extrémismes les plus insupportables et un nouveau charter pour l'Afghanistan se prépare.
Le degré zéro de la politique est atteint, par la volonté de Nicolas Sarkozy, qui ne respecte même pas les valeurs de la République qu'il préside. La fonction présidentielle requiert une certaine élévation de pensée qui pour la première fois dans l'histoire de la Ve République fait défaut. Il en résulte un abaissement général de la politique qui est aussi un affaiblissement de la démocratie.
Ces ministres qui prétendent pompeusement « changer le monde » et ne sont même pas capables de gérer le pays gouvernent comme ils chantent: en playback!


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