Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /Déc /2009 11:20

En 2004 le PDG de TF1 Patrick Le Lay avait choqué la France entière en déclarant :  « Pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du télespectateur soit disponible. Rien n'est plus difficile que d'obtenir cette disponibilité, il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances ». Le « lipdub » de l'UMP s'inscrit totalement dans cette logique de mépris des gens et d'insulte à leur intelligence. Le sarkozysme pousse d'ailleurs à l'excès cette dérive qui transforme la politique en produit de consommation. Or, la communication ne remplace pas l'action, et la première erreur de la majorité est de prétendre substituer l'image au sens.

 

La deuxième erreur est le mariage raté entre l'humour et la politique. L'humour n'est pas interdit, au contraire, mais encore doit-il être fin et surtout faire rire. Ces deux objectifs sont ratés. Même au sein de l'UMP, personne ne trouve cela drôle. Jean-François Copé a commenté le clip avec agacement: « Ah non, il ne m'a pas fait rire », et Luc Ferry a regretté une initiative « dégoulinante de bêtise » avec laquelle « le showbiz le plus bête, le plus médiocre, s'introduit dans la politique ». L'UMP plaide, mais trop tard, le « second degré », explication qui ne convaincra personne dans la mesure où le lipdub est présenté sur son site avec ce commentaire fanfaron: « Nous avons un train d'avance ».

 

La troisième erreur est la plus grave, elle réside dans le décalage entre cette décontraction feinte des ministres et la réalité de leur bilan. Christine Lagarde se dandine et la production industrielle continue de plonger, confirmant la désindustrialisation accélérée de notre pays faute d'une stratégie de développement industriel. Eric Woerth se tortille et les déficits de la France mettent en danger les perspectives de reprise économique. Xavier Darcos se trémousse et le chômage frappe plusieurs millions de personnes tandis que les destructions d'emplois s'amplifient. Eric Besson frétille, mais son débat sur l'identité nationale libère les extrémismes les plus insupportables et un nouveau charter pour l'Afghanistan se prépare.

 

Le degré zéro de la politique est atteint, par la volonté de Nicolas Sarkozy, qui ne respecte même pas les valeurs de la République qu'il préside. La fonction présidentielle requiert une certaine élévation de pensée qui pour la première fois dans l'histoire de la Ve République fait défaut. Il en résulte un abaissement général de la politique qui est aussi un affaiblissement de la démocratie.

 

Ces ministres qui prétendent pompeusement « changer le monde » et ne sont même pas capables de gérer le pays gouvernent comme ils chantent: en playback!


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Vendredi 11 décembre 2009 5 11 /12 /Déc /2009 10:01


Tel est pris qui croyait prendre. Le pouvoir découvre que la ficelle grosse comme un câble qu'il a utilisée pour instrumentaliser un débat à des fins électoralistes se retourne contre lui. Le lien établi par Eric Besson entre « l'identité nationale » et la question de l'immigration rendait les dérapages  inévitables, et ils se sont en effet produits. De surcroît, la machine infernale s'est emballée sous l'accélération de l'actualité, surtout après le vote suisse sur les minarets, et la majorité cherche maintenant comment l'arrêter. Le président de la République a publié mardi une tribune de facture très sarkozienne, qui ne lève aucune ambiguïté et enferre au contraire le débat dans une problématique immigration-islam qui est délétère.


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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /Déc /2009 10:10

Lorsque Xavier Darcos, alors ministre de l'Education nationale, a engagé la réforme des lycées, il a été contraint de reculer devant la fronde des lycéens. Le gouvernement, qui avait négligé la phase de concertation, a remis l'ouvrage sur le métier et aujourd'hui, Luc Chatel présente la nouvelle version de cette réforme que Nicolas Sarkozy a promise durant sa campagne en 2007.

 

Dans les cartons de M. Chatel figure donc ce projet de disparition de l'histoire-géo comme matière obligatoire en terminale scientifique, qui suscite depuis quelques jours la légitime inquiétude des enseignants comme de nombreux géographes et historiens. Le gouvernement explique que la terminale S doit devenir encore plus spécialisée, comme si les futurs bacheliers scientifiques pouvaient se dispenser d'une discipline qui leur permet de comprendre l'évolution du monde, sa diversité et les enjeux de son avenir, alors que ces problématiques seront au coeur de leurs travaux futurs, des appréciations qu'ils auront à forger, des anticipations qu'ils devront élaborer dans leur vie professionnelle.

 

La connaissance du passé n'est une option pour aucun jeune, elle est au contraire une exigence. L'histoire est l'une des matières qui participe à la formation de cet esprit critique indispensable à tous, littéraires comme scientifiques. Elle est en cela un apprentissage de la liberté de penser et un élément structurant de cette culture personnelle et collective qui construit le sentiment d'identité que Nicolas Sarkozy et Eric Besson se proposent en ce moment d'enfermer dans un cadre par eux défini. Comme l'explique Benjamin Stora, « l'histoire n'est pas une simple discipline, mais une conception de la citoyenneté ».

 

Quant à la géographie, comment le gouvernement peut-il juger opportun d'en réduire la place dans les programmes, au moment où le réchauffement climatique et ses conséquences sur le devenir de la planète Terre sont désormais un paramètre essentiel de toute réflexion sur l'avenir? Le climat, que je sache, cela s'apprend en cours de géographie.

 

Cette décision est tout simplement stupide. Les connaissances en histoire et en géographie sont celles qui permettent d'appréhender les mouvements des sociétés humaines, les relations entre les pays, les liens entre les évènements, la chaîne de la vie, tout simplement. C'est ce qu'on appelle la culture. Or, la culture, c'est un peu la bête noire de ceux qui nous dirigent aujourd'hui.

 


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