Lundi 1 février 2010
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Inquiète des derniers sondages qui traduisent l'effritement des intentions de vote en sa faveur, l'UMP sort l'artillerie lourde. Très lourde, comme elle l'a fait mercredi dernier, et comme elle
le refera sans doute. Une conférence de presse le matin, un pilonnage dans l'hémicycle l'après-midi. Le thème: « Comment la gauche fait de la propagande avec votre argent ». Dans le
rôle du chevalier blanc, Xavier Bertrand prend la parole pendant les questions au gouvernement: « Les Français doivent savoir que leur argent est en train de financer des opérations de
communication politique ». Diable! En réponse, le ministre de l'Intérieur menace: « La commission nationale des comptes de campagne aura à se prononcer, voire à sanctionner ».
L'opportunité de lancer cette accusation, 24 heures après le torpillage par le groupe UMP de notre proposition de commission d'enquête, demandée à la suite de la révélation, par la Cour des
comptes, des dépenses de sondages de l'Elysée (plus de 3 millions en 2009, près de 2 millions en 2009), m'échappe un peu.
Sur le fond, la virulence des propos de Xavier Bertrand et de Brice Hortefeux est d'autant plus déplacée que leurs accusations ne sont pas fondées. Les conseils généraux de gauche sont en droit
d'engager des campagnes de communication marquant l'attachement des Français aux politiques sociales conduites par les départements. Un certain nombre de collectivités de droite conduisent
d'ailleurs des campagnes à la gloire de la réforme territoriale en débat actuellement au parlement, qui est aussi vantée sur le site du ministère de l'Intérieur. Que je sache, la concomitance
entre le calendrier parlementaire et l'échéance électorale est un choix du gouvernement. Et à ma connaissance, des initiatives présentant des informations générales sans faire le lien avec un
candidat sont considérées comme institutionnelles et les dépenses correspondantes n'ont pas à figurer aux comptes de campagne.
L'épisode de mercredi à l'Assemblée laisse un sentiment extrêmement déplaisant. Comme l'a souligné Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste, « entendre le ministre de la police
menacer l'opposition des tribunaux parce qu'elle dit des choses qui ne lui plaisent pas, cela n'existe que dans les régimes autoritaires ».
Et, oui, nous avons, chaque jour davantage, l'impression de vivre dans un régime autoritaire.
Un régime dans lequel le président de la République trouve normal d'aller en personne remercier les donateurs de l'UMP, en compagnie du trésorier de ce parti, qui est aussi ministre du budget.
Un régime dans lequel le pouvoir se défausse sur les collectivités locales, les accusant d'être responsables des déficits du pays, alors que ces collectivités, qui réalisent 73% de
l'investissement public, présentent des budgets en équilibre, ne sont endettées que pour le montant des emprunts souscrits pour leurs investissements, et participent à ce titre à hauteur de 10%
seulement de la dette globale de l'Etat.
Un régime dans lequel le chef de l'Etat ne préside pas le pays mais son camp.
Un régime dans lequel le président joue à contre-emploi, ne rassemble pas les Français, mais les divise, et divise même son camp, comme dans l'affaire Clearstream.
Un régime de plus en plus inquiet, ce qui ne devrait pas l'autoriser à se montrer de plus en plus inquiétant.
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