Mercredi 10 février 2010
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La systématisation des gardes à vue, devenues aujourd'hui un indicateur de l'activité policière bien davantage qu'un instrument de
l'enquête, est l'un des résultats de la politique du chiffre, cette « Bible » du sarkozysme.
Trois collégiennes de 14 ans ont été placées 9 heures en garde à vue la semaine dernière, après avoir été interpellées, au collège
pour deux d'entre elles, à son domicile pour la troisième, puis conduites menottées au commissariat. Elles avaient tenté de s'interposer pour arrêter une bagarre devant leur établissement.
Comment ne pas comprendre leur émotion et celle de leurs familles? La garde à vue est une privation de liberté, une violence
psychologique, traumatisante pour ceux qui la subissent, et qui ne devrait pas être autorisée pour des faits sans gravité.
Or, il y a manifestement aujourd'hui une dérive que reconnaissent d'ailleurs de plus en plus fréquemment les tribunaux. Le 28 janvier
dernier, le tribunal correctionnel de Paris a annulé simultanément cinq gardes à vue au motif que les droits de la défense n'étaient pas assurés, s'appuyant sur deux décisions de la Cour
européenne des droits de l'homme.
Le nombre de gardes à vue augmente de manière si exponentielle que Brice Hortefeux ne parvient plus à les compter! Elles ont progressé
de près de 70% depuis 2002, et le chiffre de 2009 vient d'être relevé à 800 000 par le ministère de l'Intérieur, qui a admis avoir oublié de recenser les 200 000 gardes à vue pour infractions
routières.
Même la ministre de la Justice semble s'interroger tandis que le Premier ministre se dit « choqué »! Choqué? Comme s'il
ignorait les effets de la politique de son gouvernement. Comme s'il ne savait pas qu'aujourd'hui, l'Assemblée débat d'un texte qui instaurera un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13
ans. Comme s'il pouvait oublier que depuis 8 ans, la majorité a durci 7 fois la justice des mineurs, notamment en autorisant leur placement en garde
à vue pendant plusieurs jours.
Le groupe socialiste prépare des propositions pour limiter drastiquement les gardes à vue et encadrer leurs conditions, aujourd'hui
inacceptables au regard des principes de notre droit. Lorsque des procédures aussi contestables se banalisent, les libertés sont en jeu et nous serons extrêmement vigilants pour les
défendre.
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